Changement de ville, changement de vie, retour aux sources pour moi, dans mon village de Saint Mitre les Remparts, nouveau départ pour ma compagne
Caroline. Les pieds dans l'eau, au bord de la Mer de Berre, à Massane... Exit donc mon ancien blog http://istres.over-blog.com...
En cette période où l'on voit des fraises partout sur les étals, le
rappel utile de cet article de Claude Marie Vadrot paru il y a un an
dans Politis. Quatre minutes pour le lire et l'assimiler plus une
minute pour le diffuser. Et il reste tout le week end pour aller au
marché acheter des…pommes.
Merci à Henri M. pour cet envoi plus qu'intéressant !
D'ici à la mi-juin, la France aura importé d'Espagne plus de 83 000
tonnes de fraises. Enfin, si on peut appeler «fraises» ces gros
trucs rouges, encore verts près de la queue car cueillis avant
d'être mûrs, et ressemblant à des tomates. Avec d'ailleurs à peu
près le goût des tomates... Si le seul problème posé par ces fruits
était leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés
pourraient se plaindre d'avoir acheté un produit qui se brade
actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les marchés et
dans les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 km en camion.
À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16 000 par an à faire
un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz
d'échappement. Car la quasi-totalité de ces fruits poussent dans le
sud de l'Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana,
près du delta du Guadalquivir, l'une des plus fabuleuses réserves
d'oiseaux migrateurs et nicheurs d'Europe. Il aura fallu qu'une
équipe d'enquêteurs du WWF-France s'intéresse à la marée montante de
cette fraise hors saison pour que soit révélée l'aberration
écologique de cette production qui étouffe la fraise française (dont
une partie, d'ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions
écologiques). Ce qu'ont découvert les envoyés spéciaux du WWF, et
que confirment les écologistes espagnols, illustre la mondialisation
bon marché. Cette agriculture couvre près de six mille hectares,
dont une bonne centaine empiètent déjà en toute illégalité (tolérée)
sur le parc national. Officiellement, 60% de ces cultures seulement
sont autorisées; les autres sont des extensions «sauvages» sur
lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des
protestations des écologistes. Les fraisiers destinés à cette
production, bien qu'il s'agisse d'une plante vivace productive
plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des
fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés en
plein été dans des frigos qui simulent l'hiver, pour avancer leur
production. À l'automne, la terre sableuse est nettoyée et
stérilisée, et la microfaune détruite avec du bromure de méthyl et
de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par
le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d'ozone,
signé en 1987 (dernier délai en 2005); le second, composé de chlore
et d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux: il bloque les alvéoles pulmonaires.
La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une
main-d'œuvre marocaine, des saisonniers ou des sans-papiers
sous-payés et logés dans des conditions précaires, qui se
réchauffent le soir en brûlant les résidus des serres en plastique
recouvrant les fraisiers au coeur de l'hiver.
Un écologiste de la région raconte l'explosion de maladies
pulmonaires et d'affections de la peau. Les plants poussent sur un
plastique noir et reçoivent une irrigation qui transporte des
engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont
alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés
de façon illégale. Ce qui transforme en savane sèche une partie de
cette région d'Andalousie, entraîne l'exode des oiseaux migrateurs
et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont
il ne reste plus qu'une trentaine dans la région, leur seule
nourriture, les lapins, étant en voie de disparition. Comme la
forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers.
La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille
tonnes de plastique sont soit emportées par le vent, soit enfouies
n'importe où, soit brûlées sur place. Et les ouvriers agricoles sont
priés de retourner chez eux ou de s'exiler ailleurs en Espagne.
Remarquez: ils ont le droit de se faire soigner à leurs frais au cas
ou les produits nocifs qu'ils ont respiré.
La production et l'exportation de la fraise espagnole, l'essentiel
étant vendu dès avant la fin de l'hiver et jusqu'en avril,
représente ce qu'il y a de moins durable comme agriculture, et
bouleverse ce qui demeure dans l'esprit du public comme notion de
saison. Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse,
elle sera transférée au Maroc, où les industriels espagnols de la
fraise commencent à s'installer. Avant de venir de Chine, d'où sont
déjà importées des pommes encore plus traitées que les pommes
françaises...
PAR Claude-Marie Vadrot
Politis jeudi 12 avril 2007
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